Sauf que cette intuition a un défaut, elle est souvent considérée comme une preuve. Et dans un monde où les épisodes extrêmes se multiplient, où les responsabilités se durcissent, et où les dommages coûtent très cher, confondre “ça paraît logique” avec “c’est démontré” devient une stratégie très audacieuse.
Trois personnages, une même réalité : la promesse engage !
Pour poser le sujet, prenons trois personnes rencontrées sur le terrain ces 18 derniers mois.
Monsieur Colère est riverain. Il a acheté un pavillon dans un quartier où, en amont, il a été décidé que chaque parcelle pourrait gérer ses eaux pluviales, sans réseau pluvial.
Dix ans plus tard, il écrit à la mairie avec une question simple : “Comment me garantissez-vous que cette décision ne va pas abîmer mon bien ? Et si ça tourne mal, qui paye ?”.
Madame Question est gestionnaire. On lui confie un ouvrage fondé sur la nature, et il se retrouve face à un objet non identifié. Est-ce un ouvrage d’infiltration qui dysfonctionne, ou un ouvrage de rétention qui fonctionne ?
Monsieur Check est en charge de la gestion des espaces verts et des bassins d’orage, avec néanmoins de vraies contraintes budgétaires. Il remplace un fauchage annuel avec évacuation par un broyage complet tous les 5 à 10 ans, nettement moins coûteux, mais qui pourrait compromettre, sans qu’il ne le sache, l’efficacité de l’ouvrage, en réduisant la perméabilité et le volume disponible pour contenir l’eau.
Et quand on lui demande si le bassin “marchera” le jour de l’orage, il répond un truc très humain : “c’est un trou, l’eau ira dedans”.
Ces trois scènes ont un point commun : dès qu’un ouvrage est là, il porte une promesse, et cette promesse finit toujours par atterrir sur le bureau de quelqu’un.
Le paradoxe du risque
Faisons un détour par la moto. Le principe est simple : plus on se sent en sécurité, moins on prend de précautions… et plus le risque réel augmente ; à l’inverse, quand on perçoit le danger, on devient prudent, et le risque baisse.
Appliqué aux ouvrages de gestion des eaux pluviales, ça donne une question un peu inconfortable : et si le plus gros risque était justement de ne pas voir ce risque ?
Un bassin “a l’air” fonctionnel pendant 5 ans, 10 ans, puis le jour où on en a vraiment besoin. On découvre que la performance a changé (colmatage, matière organique, horizons moins perméables, etc.). Et là, ce n’est plus une discussion technique : c’est un sujet de responsabilité.
Mesurer, c’est réduire les aléas
Un point technique clé : la perméabilité que l’on mesure dépend énormément de l’horizon où l’on mesure (fond de forme, premiers centimètres riches en organique, litière forestière, etc.).
Et surtout, la perméabilité “utile” d’un ouvrage est conditionnée par son horizon le moins perméable : une seule couche qui se dégrade peut faire basculer le comportement de l’ensemble.
La bonne nouvelle, c’est que les outils existent : essais terrain (type pénétromètre/infiltromètre), capteurs de niveau d’eau, mesures d’humidité, dispositifs permettant de quantifier réellement ce qui traverse un ouvrage dans le temps. Ces outils sont tous disponibles, ce n’est pas de la science-fiction.
Une méthode “Fonctionnalités et responsabilités”
La proposition tient en trois verbes, très opérationnels :
- Historiser : sauvegarder et partager les raisons des décisions initiales. Ce que l’ouvrage doit faire, pour quel bassin versant, avec quelles hypothèses.
- Clarifier : définir des performances quantitatives par ouvrage (infiltration ou rétention, volumes, occurrences visées).
- Mesurer : contrôler périodiquement l’adéquation entre la gestion (entretien, végétation, sédiments) et la performance hydraulique.
Cela ouvre une idée plus large : dans une diversité de domaines, dès qu’une promesse devient critique, on invente des tiers de confiance et des pratiques de contrôle technique.
La vraie question est donc moins “est-ce qu’on devrait ?” mais plutôt “qu’est-ce qu’on attend pour professionnaliser cela à l’échelle ?”.


