Patrimoine végétal : la stratégie d’une commune du littoral varois avec Pierre Le Sage

À Sanary-sur-Mer, le végétal n’est pas un “plus” décoratif : c’est une vraie politique de cadre de vie, saluée notamment par la distinction Fleur d’Or 2024. Nous avons chercher à comprendre comment cette commune du littoral varois pilote ses espaces verts entre patrimoine arboré, sobriété en eau et adaptation au climat. Pour cela nous avons échangé avec Pierre Le Sage, responsable du service Espaces Verts. Il nous partage une vision très opérationnelle du métier : des choix de palettes végétales jusqu’au suivi fin de l’arrosage sur le terrain.

Urbasense : Est-ce que vous pouvez vous présenter et nous dire quel est votre rôle au sein de la commune de Sanary-sur-Mer ?​

Pierre Le Sage : je suis responsable du service Espaces Verts de Sanary-sur-Mer. Je suis en charge de l’aménagement paysager, de l’entretien des espaces verts et du suivi des arbres.​ Cela couvre l’ensemble de la gestion des espaces verts.

Cela inclut également la gestion des contrats d’entretien d’espaces verts, l’achat de véhicules, l’achat de matériel, ainsi que l’aménagement paysager.​ Mon rôle est vaste et très transversal.​
Politiquement, sur la partie espaces verts, la ville est très impliquée depuis des années dans la désimperméabilisation des sols. Dès qu’il y a des travaux à réaliser, plutôt que de faire un trottoir, nous créons souvent un espace vert.​
Aujourd’hui, nous avons plus de 20 agents au service Espaces Verts. Nous travaillons aussi avec des entreprises.​

Urbasense : Sanary-sur Mer est reconnue pour son patrimoine végétal. Quelle est votre stratégie pour le préserver et le faire évoluer ?

Pierre Le Sage : nous avons 5,6 hectares de massifs, 17,5 hectares d’espaces naturels (bois, etc.). Nous avons aussi 5209 arbres, 1016 palmiers. ​Il y a 73 espèces d’arbres et 11 espèces de palmiers différentes.
Nous essayons de diversifier au maximum les massifs en mettant des vivaces et des arbustes, et nous supprimons les pelouses pour faire des économies d’eau.​
Nous sommes « Ville quatre fleurs » depuis 2003, et « Fleur d’or » en 2024.​ Mon expérience m’a permis d’être jury national « Villes et Villages Fleuris ».​
Ces dernières années, la stratégie consiste à s’appuyer sur un cahier des charges précis pour choisir des plantes qui s’acclimatent bien au sol et aux conditions de la météo locale, tout en limitant le risque d’introduire des ravageurs.​
Des essences comme les metrosideros (provenant d’Australie) tiennent bien, demandent peu d’eau et contribuent à l’identité paysagère des sites.​
L’objectif est d’éviter une palette trop standardisée (lauriers roses, lavandes, etc.) et de construire une sélection végétale adaptée, cohérente et plus résiliente.​

Urbasense : quelle est la spécificité du climat de Sanary-sur Mer ?

Pierre Le Sage : nous avons pas mal d’épisodes pluvieux en hiver, et les étés sont beaucoup moins pluvieux.
Nous n’avons pas de végétaux qui gèlent. Certaines plantes considérées comme annuelles, ailleurs, sont chez nous, considérées comme vivaces. Il fait très rarement en dessous de 0 degré en bord de mer.​

Urbasense : comment est géré l’arrosage des espaces verts ?

Pierre Le Sage : nous avons essayé d’augmenter la centralisation des systèmes d’arrosage pour tout piloter sur ordinateur, mais ça ne marche pas partout dans la ville.​
Nous avions aussi des soucis, notamment au niveau du dépérissement de certains végétaux récemment plantés.​
Nous avons constaté parfois que les entreprises qui plantaient les végétaux ne respectaient pas toujours les tournées d’arrosage.
Même en leur demandant un planning, c’était compliqué de suivre cela sur le terrain.​
L »entreprise affirmait qu’elle était passée, mais nous n’avions aucun moyen de vérifier. De plus chez nous, le sol sèche très vite.

Urbasense : comment avez-vous résolu ces problématiques ?

Pierre Le Sage : nous avons découvert le système du suivi tensiométrique, qui nous a permis de mieux suivre les végétaux, notamment ceux plantés par les entreprises.​
Cela nous sert à suivre correctement l’arrosage. C’est un peu comme avoir une caméra : tant que nous n’avons pas de preuve visuelle, nous ne pouvons rien confirmer. »
Quand nous plantons, nous pouvons apporter le bon dosage d’eau pour éviter le dépérissement, et savoir si l’arbre manque d’eau ou s’il est en excès.
Il y a aussi un vrai intérêt pour nos équipes terrain. L’été, une équipe arrose à la cuve tout ce qui n’est pas de l’ arrosage automatique. Grâce aux bulletins envoyés par email, ils savent exactement quelle quantité apporter à chaque arbre. Nous avons même acheté un débitmètre pour être précis sur le litrage.
L’installation nous a aussi permis de monter en compétences : nous avons suivi une formation sur les câblages, le rôle des sondes, le fonctionnement de la Minisense. Ce sont des évolutions techniques qui rendent le métier plus intéressant et nous permettent d’évoluer avec notre temps.
Urbasense : qu’est-ce qui a changé au quotidien dans la gestion de vos espaces verts ?​
Concrètement, nous avons beaucoup moins de dépérissement et nous n’oublions plus d’arroser un arbre.​ Quand nous avons de grosses plantations, il peut arriver que quelqu’un oublie un site. Là, chaque semaine, j’ai le bulletin : je sais ce qu’il y a à faire et ce qu’il y a à arroser.​ Nous savons où sont les arbres sensibles à arroser. Cela évite aussi de tenir des tableaux Excel qui bougent.
J’utilise beaucoup le mail, parce que c’est la première chose qu’on ouvre le matin. Ça « flash » tout de suite.
L’arbre a une valeur patrimoniale forte : le suivi tensiométrique aide à en prendre soin dès le départ, et à objectiver l’efficacité des arrosages.​
En échangeant avec d’autres villes, nous constatons que le suivi tensiométrique n’est pas utilisé uniquement à Sanary : nous le retrouvons aussi dans des communes du nord de la France.​
C’est positif : cela permet d’échanger entre collègues et de promouvoir ces outils.​
C’est un système qui fonctionne bien au quotidien, donc il est facile d’en parler et de le recommander.​

Urbasense : merci Pierre !

Pierre est également co-auteur du livre Sanary-sur-Mer, sédité sur Les presses du Midi.

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