Eaux pluviales urbaines : comment Source Urbaine permet aux collectivités d’atteindre des mois d’autonomie sans arrosage.

Source Urbaine développe une solution de stockage souterrain des eaux pluviales, restituées aux plantes par capillarité, offrant des mois d'autonomie sans arrosage. Son dernier projet, un démonstrateur à Istres en partenariat avec le groupe Colas, vise à réintroduire de la biodiversité dans les zones portuaires. Urbasense accompagne l'entreprise sur le monitoring des installations pour suivre leur autonomie hydrique en temps réel. Nous avons le plaisir d'accueillir Nicolas Griglio de Source Urbaine pour en apprendre d'avantage sur le projet.

Pouvez-vous présenter Source Urbaine et votre approche de la gestion de l’eau en ville ?

Nicolas Griglio : Chez Source Urbaine, nous sommes spécialisés dans la récupération et la valorisation des eaux pluviales en ville. L’idée est de pouvoir collecter une ressource, qui est a priori gratuite, avant qu’elle ne soit perdue dans le réseau d’assainissement, et de pouvoir la valoriser.
Le premier élément que l’on est venu adresser, c’est le stockage de cette ressource. Utiliser l’eau de pluie pour arroser les plantes, ça se fait depuis très longtemps et ça paraît être une évidence.

Cependant, cela représente une contrainte assez importante : entretenir et arroser les espaces verts, notamment en plein été. À chaque rendez-vous que l’on a avec les services espaces verts, ils nous disent : « En plein été, on doit arroser toutes les semaines, voire tous les jours nos espaces verts. Sinon les plantes meurent et il faut les remplacer. » Source Urbaine stocke les eaux pluviales sous la terre végétale et les restitue aux plantes par capillarité, offrant jusqu’à trois mois d’autonomie sans arrosage. L’entreprise s’adresse aux collectivités, aménageurs et entreprises de travaux publics, et vient de déployer un démonstrateur à Istres en partenariat avec le groupe Colas.

Comment fonctionne concrètement votre solution ?

Nicolas Griglio : Notre solution se place directement sous la terre végétale. C’est un stockage dont on maîtrise les dimensions, la hauteur des matériaux, la performance de captation de l’eau, sa restitution par capillarité dans la terre végétale au-dessus. Nous maîtrisons tous ces paramètres.

Que l’on soit à Lille, à Marseille, à Strasbourg ou à Bordeaux, à chaque fois on a une pluviométrie qui est différente, une météo différente et surtout une biodiversité propre à chaque région et à chaque territoire. On prend en compte tous ces éléments pour dimensionner cette réserve de stockage. Une fois le système en place, il se remplit avec les premières pluies et l’eau collectée sert à arroser les plantes en continu. On supprime ainsi complètement les opérations d’arrosage pour les collectivités, les services espaces verts, les paysagistes.

En jouant sur le dimensionnement de cette réserve, on peut aller jusqu’à trois mois d’autonomie en arrosage, sans intervention. Avec les effets du changement climatique, ce type de canicule arrivera plus tôt dans l’année et plus fréquemment, malheureusement.

Avez-vous pu tester cette méthode lors d’épisodes de sécheresse ?

Nicolas Griglio : Oui. C’était l’été 2022 ou 2023, il y a eu près de sept semaines sans pluie significative en France. C’était la catastrophe. Il fallait approvisionner des villages en eau potable, il y avait des arrêtés dans tous les sens pour interdire l’arrosage.
Cependant, nos installations n’ont pas eu à être arrosées pendant toute cette période. Au fur et à mesure du temps et des installations, on a continué à améliorer nos ouvrages, ce qui fait qu’aujourd’hui, en fonction des contraintes techniques, de la météo, on arrive à apporter de véritables solutions de gestion de l’eau.

Au-delà de l’arrosage, quels sont les autres bénéfices de votre solution ?

Nicolas Griglio : Aujourd’hui, les réseaux d’assainissement pour évacuer l’eau quand il pleut, sont de moins en moins dimensionnés pour les pluies exceptionnelles. Il y a donc un vrai enjeu de déconnexion de l’eau pluviale du réseau d’assainissement. Le fait qu’on vienne récupérer cette ressource coche aussi une case réglementaire.
L’autre gros argument, c’est le rafraîchissement urbain.

Le fait d’apporter en continu de l’eau dans la terre végétale fait que les plantes ne sont pas en stress hydrique. Cette eau est ensuite évapotranspirée ce qui contribue à la mise en place de l’îlot de fraîcheur en ville.

Les plantes en été ont chaud, elles transpirent de l’eau via leurs stomates. La terre gorgée d’eau fait évaporer l’eau. Ce phénomène de brumisation naturelle permet d’atténuer l’inertie thermique des matériaux minéraux que constituent la ville et en font des îlots de chaleur. Ce sont des éléments que nous mesurons, notamment avec l’appui d’Urbasense, afin de voir à quel point des plantes arrosées rafraîchissent l’espace ambiant.

Qui sont vos principaux clients ?

Nicolas Griglio : On s’adresse en priorité au service espaces verts des collectivités. On s’adresse aussi au service assainissement et voirie pour répondre à l’aspect réglementaire de la gestion de l’eau.

Mais on se rend surtout compte que tous les acteurs de l’aménagement urbain aujourd’hui réfléchissent en terme d’intégration du végétal et d’une meilleure gestion des ressources naturelles. Cela peut être des aménageurs, des bailleurs sociaux, des promoteurs immobiliers, des entreprises de travaux publics qui vont proposer de nouveaux types d’aménagements à leurs clients. La finalité reste souvent les collectivités, mais les prescripteurs sont de plus en plus diversifiés.

Pouvez-vous nous parler du démonstrateur installé à Istres dans le cadre du Smart Port Challenge ?

Nicolas Griglio : C’est une collaboration avec le groupe Colas, spécialisé dans l’aménagement urbain et des sols. L’idée était de combiner le savoir-faire d’un grand groupe de travaux publics avec celui de Source Urbaine.

Concrètement, des places de stationnement ont été équipées d’un enrobé drainant. Les voitures peuvent toujours se garer et manœuvrer normalement sauf que la surface a la particularité d’être drainante. L’eau s’écoule dans le sol vers une grande bassine de rétention. Sur les abords des places de stationnement, il y a deux bandes végétalisées qui intègrent notre solution avec le stockage de l’eau et de restitution par capillarité.

Comme on est dans le sud de la France, l’enjeu est encore plus fort. On a de grandes périodes de sécheresse entrecoupées de très grandes pluies, des épisodes cévenols, des pluies exceptionnelles. L’enjeu est donc encore plus difficile à appréhender, tant en termes de déconnexion des eaux de pluie du réseau d’assainissement qu’en termes de disponibilité de l’eau pour les plantes sur de longues périodes.

La réflexion était d’aller encore plus loin sur le rafraîchissement urbain. En mettant des teintes plus claires sur l’enrobé drainant, on réduit le phénomène d’îlot de chaleur et l’inertie thermique. Non seulement on capte beaucoup plus d’eau pour les plantes, mais en plus avec un sol plus clair, on a un effet rafraîchissant beaucoup plus important que l’enrobé noir foncé qui retient la chaleur.

L’idée de ce projet à Istres est de montrer le côté adaptable de notre solution. On peut augmenter et réduire sa hauteur, changer de forme et la redimensionner pour des situations plus contraignantes.

En associant notre solution avec l’enrobé drainant, une innovation du groupe Colas, on a globalement, un produit systémique. Il prend en compte une réflexion globale du projet, pas seulement l’aspect agronomique, gestion de l’eau ou enrobé, mais tout cela à la fois.

Qu’avez-vous cherché à démontrer avec ce projet ?

Nicolas Griglio : Dans le cadre du Smart Port Challenge, l’idée était de pouvoir réintroduire de la biodiversité dans les zones portuaires. Lorsque l’on pense à une zone portuaire, on imagine des espaces très minéraux, des conteneurs, des bâtiments et de grandes étendues de quai.

On le voit bien à Marseille, à chaque pluie exceptionnelle, le port est sous l’eau. Puis Les personnes qui travaillent sur les zones portuaires, ou les touristes qui descendent des bateaux de croisière, disent tous la même chose : « On arrive dans un endroit très minéral, il fait extrêmement chaud en été, le seul but c’est de partir le plus vite possible pour rejoindre la ville. »

En réintroduisant la biodiversité dans cet environnement, on améliore l’expérience des personnes sur place. C’est aussi un enjeu pour la ville de demain. Les zones portuaires représentent des surfaces tellement vastes. Si l’on ne fait pas d’efforts sur la réintroduction de végétation à ces endroits-là, c’est un point mort dans les démarches de nature en ville.

Ce sont également des endroits politiques et critiques pour l’économie d’une ville, voire d’un continent. Il faut maintenir une certaine activité. C’est là que la combinaison entre le savoir-faire d’une entreprise de travaux publics et Source Urbaine permet de maintenir l’usage du site.

De plus, on va pouvoir continuer à décharger le matériel, permettre aux passagers de prendre le bateau suivant, sans avoir à sacrifier la moitié de la surface du port pour réintroduire la biodiversité. Le but est de maintenir l’activité humaine tout en végétalisant et en rafraîchissant l’espace, sans surcoût et sur le long terme.

La collaboration avec notre équipe s’inscrit dans une logique de suivi et de résilience des aménagements urbains. Quels sont les premiers enseignements ?

Nicolas Griglio : Depuis la création de Source Urbaine, Urbasense nous accompagne sur la mise en place de solutions de monitoring. Ce qui est intéressant, c’est qu’on utilise leurs capteurs d’une façon un peu différente de leur usage habituel.

Normalement, Urbasense utilise leurs capteurs pour dire aux collectivités quand organiser des tournées d’arrosage. Nous, à l’inverse, on les utilise pour rassurer les collectivités en leur montrant que nos installations n’ont toujours pas à être arroser les plantes. En ajoutant certaines typologies de capteurs et en adoptant une réflexion différente, on a collaboré avec Urbasense pour qu’ils nous accompagnent sur la mise en place de solutions de monitoring adaptées à notre approche. C’est ça qui est vraiment différenciant.

Urbasense : merci Nicolas !

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