L’arrosage intelligent piloté par les plantes et les racines avec Fabrice Montbarbon

Dans les réseaux d'arrosage des collectivités françaises, un tiers de l'eau part en fuites, un tiers en surarrosage. Seul un tiers atteint réellement la racine au bon moment. À Marseille, à Martigues, cela représente 1 million de mètres cubes d'eau potable gaspillés chaque année. À Martigues, 30 000 habitants, de vastes espaces verts, la facture annuelle dépasse 700 000 euros, dont la moitié pourrait être économisée.

On arrose trop : le vrai coût du gaspillage ?

Dans les réseaux d’arrosage des collectivités françaises, un tiers de l’eau part en fuites, un tiers en surarrosage. Seul un tiers atteint réellement la racine au bon moment. À Marseille, à Martigues, cela représente 1 million de mètres cubes d’eau potable gaspillés chaque année. À Martigues, 30 000 habitants, de vastes espaces verts, la facture annuelle dépasse 700 000 euros, dont la moitié pourrait être économisée.

L’arrosage automatique classique fonctionne comme un “radio-réveil” : on le programme en début ou en cours de saison, il tourne quoi qu’il arrive.

La ville de Martigues l’illustre concrètement : avec 600 programmateurs à piles. Pour modifier les réglages après une grosse pluie, cela demande un mois-homme de travail de terrain, très conséquent. Ces programmateurs arrosent donc de façon identique, « qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige », générant à la fois du gaspillage et du stress végétal.

Pendant ce temps, lors des canicules, les préfectures interdisent l’arrosage pour préserver la ressource en eau potable, dont plus de 80% est utilisée pour les espaces verts des collectivités.

Et des arbres adultes meurent, faute d’une ressource en eau qu’on avait pourtant sur utilisée tout l’été.

Comment en est-on arrivé là ? Et surtout, comment en sortir ?

Une sonde à l’écoute de la plante

 

L’arrosage intelligent repose sur quatre critères cumulatifs :

  • un réseau automatique piloté par électrovannes,
  • une connectivité à distance via le réseau radio LoRaWAN (0G, faible consommation énergétique)
  • des sondes d’humidité placées directement dans la rhizosphère
  • une supervision hydraulique permettant de détecter les fuites en temps réel. Sans ces quatre critères réunis, on reste dans l’automatique classique.
  • La sonde change la logique à la racine. Quelques minutes avant chaque cycle prévu, le programmateur l’interroge : y a-t-il encore assez d’eau disponible pour le végétal ? Si oui, assez logiquement l’arrosage ne se déclenche pas.

Il reprend uniquement quand la plante entre en stress hydrique modéré. C’est la stratégie dite durée fixe, fréquence variable, la dose reste constante, l’intervalle s’adapte en temps réel au besoin réel du végétal.

Cette approche est agronomiquement supérieure à son inverse (fréquence fixe, dose variable), qui maintient les racines en surface et crée des risques de chevauchement hydraulique entre électrovannes.
L’effet agronomique est inattendu mais décisif : en laissant s’installer de petits cycles d’assèchement entre deux arrosages. Cela favorise le développement racinaire et donc l’autonomie des plantes.

Un arbre qui cherche l’eau en profondeur est un arbre plus autonome, plus résistant face aux canicules, moins dépendant de l’irrigation humaine. La texture du sol (sableux, argileux, caillouteux) et la profondeur de prospection racinaire permettent à la sonde de calibrer précisément ce niveau de stress acceptable.

Ce que les données rendent possible

De l’économie budgétaire à la résilience institutionnelle.
Sur les collectivités passées à l’arrosage intelligent à grande échelle, les économies constatées atteignent 50% par rapport aux pratiques antérieures. Le retour sur investissement est rapide.

Mais l’enjeu dépasse le seul budget : lors des canicules, les collectivités disposant d’un historique de données tensiométriques ont pu démontrer leur stratégie de frugalité auprès des préfectures et éventuellement obtenir des dérogations officielles pour continuer à arroser de façon ciblée.
Pour les agents de terrain, la transformation est tout aussi concrète. Les alertes de fuite remontent automatiquement sur la plateforme de supervision, sans nécessiter de tournée terrain.

Certains agents témoignent d’une économie de trois quarts de leur temps de surveillance, réorienté vers l’observation qualitative des végétaux : taille, choix des espèces, santé du sol. C’est un retour au cœur du métier de jardinier, au contact même du vivant.

Dans un contexte où les canicules et les inondations alternées pourraient devenir la norme d’ici 2050, disposer d’un outil de mesure objectif n’est pas seulement un avantage opérationnel : c’est une condition de survie pour l’arbre urbain et une garantie de traçabilité pour ceux qui en ont la responsabilité.

 

Autres actualités :

Abonnez-vous à notre newsletter :

* ce champ est obligatoire